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Bijutsu

ou l'art japonais dans tous ses états


Quand on parle avec une personne normalement éduquée, si on aborde le sujet de l'art japonais, on peut s'attendre à échanger des propos sur les estampes, spécialement Hokusai et Hiroshige, peut-être Utamaro, mais aussi fascinantes que les oeuvres de ces artistes puissent être, l'art japonais est bien plus vaste que ça. Malheureusement, il est très mal connu hors de son pays d'origine.

Bon d'accord, je l'admet : je m'éloigne ici sérieusement du projet d'offrir une information pratique, mais j'ai pensé que ça vous intéresserait peut-être aussi.

Et puis je ne suis pas un spécialiste, loin de là! Je ne vous offre ici que des notes de lectures, rendues de mon mieux.

Bijutsu signifit littéralement "beaux-arts" et un musée d'art sera un bijutsukan.





Les principales écoles de peinture :

Puis :

  • Index des artistes cités

Il y a des illustrations au pied de la plupart des pages. De plus, elles ont souvent une galerie rattachée.





Uehara Konen
Soir à Dotonbori (Osaka)
1928



Le concept d'école

En Occident, nous avons l'habitude de concevoir l'Art comme une progression : de jeunes artistes fatigués de suivre la façon de leurs aînés, en prenant peut-être l'essentiel de quelques grands ancêtres, fondent une école nouvelle, qui remplacera éventuellement la précédente, et qui demeurera jusqu'à ce que des plus jeunes la rejettent.

Au Japon, la chose est toute autre. Il y a bien des écoles, mais elles ont tendance à co-exister, à se côtoyer, à se concurrencer. Elles sont souvent plus corporatives qu'esthétiques, liées qu'elles sont à une famille, réelle ou artistique. Elles ont souvent des techniques et des sujets de prédilection, mais s'influençant l'une l'autre, ces valeurs ne leur sont pas exclusives. Certaines ont une originalité et une influence certaine. D'autres ne diffèrent à peu près pas les unes des autres. Certaines disparaissent bien de temps en temps, mais plus souvent encore de nouvelles apparaissent, grossissant le nombre des écoles disponibles. Enfin il y a des individus qui ne sont dans aucune école.

Essentiellement la peinture japonaise a ses racines dans la peinture chinoise de la dynastie Tang. Quand aux septième et huitième siècles l'influence chinoise a formé le Japon, non seulement pour l'Art, mais aussi pour l'écriture, la religion et de façon générale dans tous les domaines académiques, les japonais ont commencé à pratiquer la peinture chinoise, mais rapidement la technique originale a été appliquée à des sujets plus proches de la sensibilité japonaise : les montagnes escarpées et brumeuses de la Chine ont cédé la place aux saisons, aux classiques de la littérature et aux panoramas du Kansai, chéris des japonais. Ce style dit "japonais" a pris le nom de yamato-e, du nom de la région autour de Nara et Kyoto.

En Chine ce style disparaîtra bientôt, et les nouveaux styles chinois qui toucheront éventuellement le Japon seront appelés kara-e. Cette distinction entre styles "japonais" et "chinois" constitue le premier critère de classification, les écoles pouvant habituellement se rattacher à l'une ou l'autre tendance.

Un autre critère de classification est le client pour lequel l'école travaille. Traditionnellement les écoles Kose et Tosa étaient au service de la cour impériale et de la noblesse, alors que l'école Kano servait le shogun et les daimyo. Les écoles Rimpa et Maruyama-Shijo étaient supportées par les marchants, alors que l'école Nanga s'adressait aux intellectuels confuséens. Mais cette distinction est un peu artificielle. Par exemple, l'école Sumiyoshi, qui a une technique issue de l'école Tosa oeuvrait à Edo pour le shogunat. Quand par un mariage les écoles Tosa et Kano se sont jointes, cette dernière a hérité et a commencé à utiliser plusieurs techniques de l'école impériale. Et puis il y a dans les temples des peintures faites par des peintres de l'école Kano, alors que le clergé utilisait le plus souvent les services de peintres spécialisés, formés dans le style Tosa.

Une des conséquences de tout ça est qu'à simplement regarder, à moins d'être un expert, si une oeuvre n'est pas absolument classique et n'est pas signée, ce qui est très fréquent, surtout si elle est vieille, il est très difficile de la rattacher à un peintre, et parfois même à une école.



Watanabe Seitei
Catalpa japonais et abeille
1916



Les périodes historiques

Pour s'y retrouver dans l'art nippon, il est utile, et même essentiel, de se familiariser avec les grandes époques historiques du pays. En voici la liste sommaire:

  • Jomon d'environ 10,000 BC à 300 BC
  • Yayoi 300 BC à 300 AD
  • Kofun 300 à env. 600
  • Asuka de 593 à 710
  • Nara de 710 à 794
  • Heian de 794 à 1192
  • Kamakura de 1192 à 1333
  • Nanbokucho de 1333 à 1392
  • Muromachi de 1392 à 1573
  • Momoyama de 1573 à 1603
  • Edo de 1603 à 1868
  • Meiji de 1868 à 1912
  • Taisho de 1912 à 1926
  • Showa de 1926 à 1989
  • Heisei depuis 1989

La préhistoire

La période Jomon est fameuse pour ses poteries très élaborées, presque baroques. La période Yayoi est aussi fameuse pour ses poteries, mais cette fois d'une grande élégance, ainsi que pour ses bronzes. La période Kofun l'est pour ses tumuli et ses statuettes funéraires, les haniwa. Il n'y a pas de sculpture ou de peinture au sens moderne du terme.


Nara et Heian - l'âge d'or

Durant les périodes Asuka et Nara, le Japon prend modèle sur la Chine. Il découvre les caractères chinois et avec ceux-ci la calligraphie et la peinture. Les philosophies et les religions chinoises, en particulier le bouddhisme, le thé, l'architecture feront aussi partie de l'héritage chinois au Japon.

De nombreux diplomates et moines des deux pays visitent le pays voisin. De plus, l'influence chinoise se double d'une influence coréenne : bien des techniques de poterie et de métallurgie viendront de ce pays.

L'époque Heian, durant laquelle Kyoto est la capitale, voit les débuts de l'école Tosa. La littérature, tant des romans comme Genji Monogatari que la poésie, apparait. La cour impériale et la noblesse, par leur style de vie luxueux et raffiné, permettent le développement des métiers d'art. L'architecture se développe aussi et avec celle-ci l'art des jardins commence.


Kamakura - apogée de l'Art bouddhiste

C'est l'époque où le premier shogunat prend le pouvoir. Avec la montée sociale des samurai, le bouddhisme, spécialement les écoles zen, mais aussi celles du Paradis occidental, prend de l'importance. On fonde de nombreux temples et la sculpture, essentiellement religieuse, atteint son apogée.

C'est à cette époque que les mongols tentent en vain de conquérir le Japon.


Muromachi-Momoyama - l'âge classique

Ce sont deux périodes troublées où des luttes continuelles ont lieu entre plusieurs factions. C'est aussi à cette époque, en 1542, que les portugais et les jésuites arrivent au Japon.

En contre partie, d'un point de vue artistique, on a là ce qui est peut-être le plus classique de l'art japonais. D'abord apparaissent les premières écoles "chinoises", d'abord Kano, puis Hasegawa et leurs concurrentes. Puis se développe la peinture zenga, la peinture à l'encre bouddhiste. C'est à cette période que la cérémonie du thé (chado) et l'ikebana apparaissent, et que l'architecture japonaise classique se forme.



Ohara Koson
Iris
1926




Edo - l'explosion sous l'autorité du bakufu

Avec le début de cette période, où le Japon en entier est gouverné par un shogun, commence une longue période de prospérité et de paix. Mais c'est aussi l'époque à laquelle le Japon se fermera aux étrangers, évoluant presque en vase clos de 1639 à 1853, démarche politique qui n'est pas étrangère à l'originalité de la culture japonaise que l'on peut encore goûter, mais aussi au moins partiellement responsable, par son statisme, du conformisme social qui est tout aussi évident aujourd'hui.

La richesse artistique de cette période est exceptionnelle. Apparaissent les écoles Sumiyoshi, Nanga, Sotatsu-Rimpa et Maruyama-Shijo. Une dizaine d'écoles se concurrencent maintenant dans la capitale (Edo, aujourd'hui Tokyo) et à Kyoto. Les estampes, gravées sur bois, vont atteindre leur apogée, constituant un art commercial, lié aux éditeurs et représentant le plus souvent, dans un style empruntant aux grandes écoles, des scènes de plaisir et de divertissement. Puis, quand le gouvernement aura interdit plusieurs sujets, un courant de paysages dominera la scène.


Meiji et Taisho - l'ouverture sur le Monde

Quand en 1853 le commandant Perry de la marine américaine jette l'ancre au large de Shimoda, il a l'ordre de faire ouvrir le Japon au commerce des États-Unis. C'est la première poussée d'un effet de domino qui aura au Japon la portée d'une révolution. Le bakufu s'effondre. L'Empereur est remis au pouvoir. Les étrangers s'installent, commercent, enseignent, se font parfois assassiner par des nationalistes fanatiques, mais ultimement ouvriront le Japon au Monde.

D'un point de vu artistique, l'art occidental, qui était connu par les "études hollandaises" (lire européennes) que certains japonais menaient à Nagasaki, prend soudainement une envolée foudroyante. Au point que désormais, la distinction sera faite entre l'art de style yooga - l'art occidental - et l'art nippon que l'on appellera nihonga. Les estampes connaissent un renouveau avec les mouvements shin hanga et sosaku hanga.

Dans un premier temps, cette influence artistique européenne sera accueillie avec plaisir par les japonais. Ils inviteront des professeurs italiens. Ils enverront des élèves à l'étranger, en France notamment. Mais ce premier mouvement positif sera suivi par un rejet. Cette antipathie mènera à une lutte entre les tenants de l'art occidental et ceux de l'art japonais, lutte qui ne se résoudra qu'après la seconde guerre mondiale, avec la déchéance des nationalistes.



Les supports:

La peinture occidentale et les arts comme le dessin ou la gravure, sont habituellement supportés par la toile ou le papier et présentés dans un cadre, parfois dans un livre, de temps en temps sur une fresque. Au Japon, la fonction décorative de l'Art est plus importante qu'en Occident, la différence entre Art et artisanat n'étant pas aussi claire que chez nous. En conséquence, on peut compter plusieurs supports, certains très originaux. Les plus importants, du moins du point de vue de la taille, sont le fusuma (porte coulissante) et le byobu (paravent), qui sont des accessoires décoratifs importants dans l'architecture japonaise. Viennent ensuite le kakemono (rouleau suspendu verticalement) et le makimono (rouleau que l'on lit horizontalement), les uchiwa (éventails), les livres illustrés et les estampes (hanga). Il y a des peintures sur soie ou sur bois. Puis certains artistes font des dessins pour les céramiques et les laques.

Les sujets:

  • bijinga - image de belles femmes, habituellement des quartiers de plaisir
  • chojugiga - image satyrique où des animaux comme des singes, des lapins ou des grenouilles sont représentés pratiquant des activités humaines.
  • haiga - une illustration et un haiku
  • kabuki-e - image de théâtre de kabuki, par exemple des intérieurs de théâtre
  • kachooga - peinture représentant des fleurs et des oiseaux
  • meisho-e - places fameuses
  • monogatari-e - scènes de la vie de la cour de Kyoto
  • musha-e - peinture représentant des guerriers
  • nagasaki-e - peinture représentant des étrangers à Nagasaki
  • nise-e - portrait réaliste
  • okubi-e - portrait en buste
  • onna-e - image de femmes, proche des bijinga
  • sansuiga - peinture de paysage
  • shiki-e - paysage en quatre saisons
  • shini-e - image commémorative pour quelqu'un de décédé
  • shunga - image érotique, aussi appelée higa ou makura-e
  • sumo-e - portrait de lutteurs de sumo
  • tsukinami-e - image représentant les douze mois
  • ukiyo-e - image du "monde flottant", c'est-à-dire des plaisirs, que dénigre le bouddhisme, mais que pratique volontier le commun des mortels.
  • uta-e - illustration d'un poème
  • yakusha-e - portrait d'un acteur de kabuki
  • yokohama-e - image représentant des étrangers à Yokohama, après l'ouverture du Japon à l'époque Edo



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