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Bikkuri

petits commentaires sur la vie japonaise


Ceci se veut une collection de petits textes sur les choses intéressantes, surprenantes, troublantes ou tout simplement amusantes que l'on rencontre au Japon.

Il n'est pas facile de vivre dans une autre société, même une avec laquelle on a des affinités. Il y a toujours un choc culturel, pas toujours déplaisant d'ailleurs. Et puis l'expérience me dicte que le temps a des effets contraires, améliorant certaines choses et en érodant d'autres. Plus la routine s'installe et plus les problèmes, qu'on ne voyait même pas avant, prennent de l'importance. Et d'un autre côté, on s'habitue à certaines choses qui nous rendaient au début la vie difficile.

Bikkuri signifit "surprise", et bikkuri shita veut dire "je suis surpris" ou "c'est surprenant".



Des goûts et des couleurs...

Au Japon, le vert pâle s'appelle midori iro (iro signifiant couleur) et bleu pâle mizu iro (la couleur de l'eau). Mais les japonais ne font pas la différence entre le vert et le bleu, appellant les deux couleurs aoi et parlant d'un feu de signalisation bleu.

Si en Occident le rouge est symbole de passion et de danger, en Asie la couleur représente le bonheur et la prospérité. On la retrouve par exemple souvent dans les mariages. Et les gens âgés portent traditionellement des sous-vêtements rouges devant les tenir bien au chaud et préserver leur santé.

La science nous dit que les humains peuvent distinguer quatre goûts. En Asie cependant on en compte cinq. En Chine on ajoute "épicé", qui n'est en fait qu'une sensation, et que l'on remplace au Japon par umami, qui serait la sapidité.

Les japonais ne sont-ils pas les illustres inventeurs du glutamate monosodique, qu'ils appellent ajinomoto?

Prenons le train

Les japonais passent énormément de temps dans le train, du moins dans les grands centres, comme Tokyo qui est, avec ses banlieues, très étendue. Le gouvernement n'a pas, comme souvent en Occident, privilégié l'automobile - le Japon est une société où la collectivité est privilégiée - et les citoyens n'ont pas le choix que de se tasser dans des trains bondés, collés les uns sur les autres pendant des heures chaque jour. Alors on se fait son petit monde à soi, en essayant de mettre à profit l'absurdité de la situation.

L'activité la plus populaire est sans conteste de dormir. À peu près soixante pourcent des personnes assises et parfois même quelques-unes debout somnolent. Est-ce parce que le japonais moyen travaille plus longtemps que l'occidental et ne peut dormir assez? Les statistiques gouvernementales nous disent que la journée de travail moyenne d'un homme à Tokyo est de moins de sept heures et est en baisse (mais cette statistique est très surprenante). C'est une bulle, un isolement, les gens fermant les yeux en s'assoyant, et les sarariman occupant les sièges prioritaires pour les handicapés, veillards et autres femmes enceintes s'assurent de la sorte que l'on n'osera pas les déranger, eux qui portent l'économie japonaise à bout de bras! On a ses privilèges...

Sinon on joue allègrement du bouton, sur son téléphone cellulaire ou sa console de jeux portable. On envoie des messages électroniques, l'usage du téléphone étant interdit, ce qui n'arrête pas certains. On écoute de la musique. On lit des bandes-dessinées, des romans, des journeaux immenses, même si on n'a pas la place. Et puis tant qu'à y être on s'ouvre une canette de bière et un sac de chips.

Hiérarchie circulatoire

La rue c'est pour les autos, l'accotement sur les grandes rues pour les motos et les scooters, et le trottoir, quand il y en a un, est pour les cyclistes. Les piétons? Vous voulez rire! Ils n'ont qu'à se tasser.

En réalité les piétons ont la priorité, mais les cyclistes font aller leur sonnette dans votre dos, ce qui serait hautement illégal, en arrivant de leurs dix ou parfois vingt kilomètres heures. De quel côté se mettre? Pensez vite et rentrez vos coudes. En fait, les cyclistes ont souvent une assurance spéciale dans le cas d'un accident avec un piéton.

Quand vous traversez une rue en utilisant une traverse de piéton, la moitié des conducteurs vont s'arrêter, l'autre vous passer dessus, ce qui est sans doute mieux qu'en Occident. Alors on enseigne à des enfants hauts comme trois kaki à lever la main en traversant. De temps en temps on confie à une personne à la retraite un petit drapeau jaune pour assurer la sécurité des enfants. Moi je mettrais un tireur d'élite, mais bon...

Gauche... droite...

Les japonais conduisent à gauche, comme les anglais. C'est je pense le seul pays à le faire qui n'était pas une colonie anglaise. Pourquoi? Parce que les anglais ont eu le premier rôle en matière de transport lors de la modernisation du Japon de l'ère Meiji, à la fin du dix-neuvième siècle.

Mais sur les trottoirs, de quel côté marchent-ils? Il y a une forte tendance à reproduire le modèle routier. Je dirais que les deux tiers des gens tiennent la gauche. Cependant le reste va à droite. Et j'ai ma petite explication de la chose. La plupart des rues japonaises n'ont pas de trottoirs, et les gens ont l'habitude de se tenir le plus loin possible des autos. Sur les trottoirs, ils frôlent les maisons.

Pile religion, face superstition...

Shinto, bouddhisme, confusianisme, christianisme... si certains japonais sont religieux, la majorité est en fait athée (78% selon un sondage de 2008), mais supersticieux.

La religion au Japon est pour la plupart une série d'obligations sociales, de mariage (shinto) en enterrement (bouddhiste). Sinon on va au sanctuaire pour obtenir l'aide du dieu pour un examen difficile, pour sa santé ou le succès de son commerce. Il y a tout un marché très officiel et religieux de bonne aventure et de talismans, qui en Occident frôlerait le charlatanisme. Comme me disait quelqu'un : "pour avoir la protection des dieux, on doit dépenser beaucoup d'argent".

Cette superficialité religieuse amène les japonais à devenir chrétiens ce mois-ci pour se marier en robe blanche le mois prochain.

Alors que je demandais à un jeune homme ce qu'il allait faire en sortant de l'université, il me dit : "je pense devenir prêtre." Dans quelle religion ai-je demandé. Il me répondit : "je n'ai pas encore décidé". Ce n'est pas une question de foi.

Hosannah

Le christianisme est, après le bouddhisme et le shintoisme, la troisième religion en importance au Japon. Son origine remonte aux Jésuites portugais - et Saint François Xavier - qui arrivèrent au pays à la fin du seizième siècle avec l'idée de convertir en masse les japonais. Ils apportèrent les fusils qui permirent au futur shogun, alors pris dans une interminable guerre civile, de prendre le pouvoir. Peu après, ayant appris que le Pape avait donné le Japon aux portugais, il chassa les occidentaux (sauf les hollandais protestants) et interdit la religion chrétienne, martyrisant les récalcitrants.

Le christianisme ne disparut pas pour autant : il tomba dans le secret pendant toute l'ère Edo. Lors de l'ouverture du pays aux étrangers à la fin du dix-neuvième siècle, les missionnaires occidentaux eurent la surprise de rencontrer des chrétiens de longue date enracinés au pays des nippons. Aujourd'hui, il y a un peu plus d'un million de chrétiens japonais, à peu près un pourcent de la population. Les protestants et les catholiques ont chacuns juste un peu plus d'un demi-million de fidèles et les orthodoxes russes environ vingt-cinq mille.

Si vous visitez le village de Shingo (autrefois appelé Herai) dans la province de Aomori on vous racontera cette histoire phénoménale. Jésus a vécu au Japon! Il aurait passé, à partir de l'âge de vingt-et-un ans, les onze ans de sa vie que la Bible ne documente pas à Herai. De retour en Judée, ce n'est pas lui mais son frère qui mourrut sur la croix. Jésus reparti vers le Japon, y devient cultivateur, maria une japonaise appelée Miyuko, de laquelle il eut trois filles, et mourrut au vénérable âge de cent-six ans (certains disent cent-quatorze). Et le village conserve deux tombes, celle de Jésus et celle de son frère.

Qui est Issie?

Le lac Ikeda, le cratère d'un volcan éteint dans la province de Kagoshima, serait l'hôte d'un animal marin du nom d'Issie, cousin de l'écossais Nessie du Loch Ness. Bien que la rumeur de l'existence de ce monstre serpentin, qui mesurerait environ cinq mètres, soit plus vieille, c'est en 1978 qu'une vingtaine de personnes auraient vu l'animal et qu'il aurait été photographié.

Toilettes publiques

Elles sont sales. Elles puent. La petite cloison vous laisse à moitié visible. Il y a des graffiti déplaisants. Les toilettes publiques en Occident sont malsaines.

Au Japon c'est tout l'inverse. Elles sont généralement propres (sauf dans les gares), les cloisons vont du plancher presque jusqu'au plafond et il n'y a pas de fente de chaque côté de la porte. Ajoutez les sièges chauffants, le bidet intégré, l'absence presque complète de graffiti, le fait qu'elles sont presque toujours gratuites. Et il ne semble pas que la moralité soit un problème dans les toilettes du pays du soleil levant. Ça c'est la civilisation!

Cependant on trouve encore beaucoup de toilettes turques, où l'on doit s'accroupir, et faire son petit besoin devient tout sauf facile. Et certains endroits, comme les parcs et les temples, n'offrent pas toujours de papier. Vous devez l'avoir sur vous.

Recyclage

Les japonais recyclent. Il y a toute une série de règles de triage avec les journées de ramassage correspondantes. Bien sûr on utilise des tonnes de matériel d'emballage non recyclable, alors qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour se donner l'impression d'être "éco".

Parfois les japonais ne se préoccupent que de la pollution de l'air, pas des matières premières non-renouvelables, comme le pétrole, utilisées dans la production du plastique notamment, et si votre incinérateur local est assez performant, vous le brûlez.

Harakiri

Il est dans la tradition japonaise de se suicider. Quand il a été impliqué dans une histoire d'adultère, le réalisateur Juzo Itami a sauté de la fenêtre de son bureau pour prouver son innocence. L'écrivain de droite Mishima s'est suicidé pour la défense de ses valeurs traditionnelles. Un policier me racontait que, quand il a commencé à travailler, on l'appelait souvent plusieurs fois par semaine pour constater des suicides près de Ikebukuro.

L'année 2008 a été la onzième année consécutive où plus de trente mille personnes se sont suicidées au Japon. C'est environ vingt-quatre suicides pour cent mille habitants. Soixante-dix pourcent des gens qui se suicident sont des hommes. Plus de soixante pourcent des gens se tuent pour des raisons de santé, et un peu plus de trente pourcent pour des questions économiques. La journée la plus "suicidaire" est le lundi.

De nos jours, on ne s'ouvre plus le ventre, on ne s'écrase plus avec son avion sur un navire américain. On se jette devant le train - votre famille se retrouve souvent avec des millions de yen à payer en dédommagement à la compagnie ferroviaire - ou on s'empoisonne. Pendant longtemps on utilisait des réchauds à gaz, mais depuis quelques années une recette pour faire un gaz mortel court sur l'Internet, et on dit que le "passage" est plus doux...

Il y a dans la préfecture de Yamanashi, au pied du mont Fuji, une forêt où les gens vont pour se tuer. C'est probablement un lieu idyllique et hautement significatif. Pour les bouddhistes, la vie est transitoire, ce n'est qu'un rêve, la réalité est ailleurs. Quand on meurt, on revient... Alors les japonais, pour n'importe quelle raison semble-t-il, se suicident.

Ils aiment poignarder

Les chiffres officiels au Japon donnent environ trois millions de japonais ayant un problème mental. Ça fait juste un peu moins de quatre pourcent de la population. Bien sûr, ce sont en grande majorité des dépressions, des manies, des phobies... des problèmes pénibles pour les malades, mais posant peu de danger pour la société. Et la proportion est probablement similaire dans les pays occidentaux.

Cependant, depuis quelques années, plusieurs enfants ont été poignardés par des adultes qu'ils ne connaissaient pas, sur la rue ou à l'école, gratuitement. Et ce n'est pas l'oeuvre d'un seul tueur, les meurtres ayant eu lieu dans différentes régions et certains meurtriers ayant été arrêtés.

Ce ne sont pas seulement les enfants qui sont victimes. Plusieurs personnes dans les dernières années ont commis des agressions multiples à coups de couteaux contre des inconnus, souvent dans une gare. Et les émissions policières nippones, là où on se tirerait dessus en Occident, semblent avoir une fascination pour les couteaux.

La société japonaise est contrôlante, oppressante même souvent. Pour y échapper, beaucoup vivent dans un monde imaginaire. Je pense que la proportion est plus grande qu'en Occident, ou alors c'est affiché plus ouvertement au Japon.

Ces échappatoires vont de l'assimilation à une culture étrangère d'emprunt (le "surf", le reggae, le rap sont des sous-cultures étrangères importantes au japon) ou l'adultère vécu par procuration dans un drama à la télévision, à des univers schyzophréniques d'otaku asociaux cloîtrés dans leur chambre, à la pédophilie étalée dans les manga, à beaucoup de violence refoulée.

Certains prétendent que c'est une valve de sécurité. Moi je pense que si la société japonaise était un peu plus ouverte et humaniste, elle n'en aurait pas tant besoin.

Un Japon homogène

Osamu Sakiyama, professeur de linguistique au Musée National d'Ethnologie, a déclaré dans un rapport à l'UNESCO, que pas moins de huit langues étaient en voie d'extinction au Japon.

Ce sont le Ainu (parlé à Hokkaido), les Yaeyama, Yonaguni, Okinawa, Kunigami, Miyako, Amami (parlés dans les îles Nansei) et le Hachijo (une langue des îles Izu).

Les japonais ne sont pas humain!

C'est du moins ce que l'on peut conclure à la lecture du livre Nihonjin no No ("Le Cerveau des japonais") de Tsunoda Tadanobu, qui est depuis plusieurs années un grand succès de librairie.

L'auteur nous y apprend que le cerveau des japonais fonctionne de façon différente de ceux des autres humains, sauf peut-être les polynésiens. En quoi? Ça a à voir avec écouter les insectes et prononcer les voyelles, mais ce n'est pas important, les japonais se veulent uniques et vont à n'importe quelle extrémité pour se flatter l'égo.

Cette "recherche" est à mettre en parallèle avec celle dévoilant qu'en analysant l'ADN mitocondriale des japonais (avec laquelle on peut remonter la filière maternelle du sujet), on constate que les coréens, les ainus et les chinois surpassent tous en nombre les japonais de souche au pays du soleil levant. Elle nous apprend aussi que les cousins les plus proches des japonais seraient les indiens quechua du Pérou.

Un peu dans le même esprit, des fouilles archéologiques qui devaient être faites dans la tombe de l'un des tout premiers empereurs du pays ont été annulées sous la pression des conservateurs il y a plusieurs années, car jugées irrespectueuses. Mais de méchantes langues ont insinuées - oh! les vilaines! - que les fouilles auraient prouvée l'origine coréenne de l'empereur du Japon.

Vous sentez le beurre

C'est l'une des insultes favorites des japonais racistes à l'égard des occidentaux, qui comme tout le monde sait, mangent des montagnes de beurre et le sentent à plein nez, odeur particulièrement offensante pour tout nippon bien né.

Selon cette théorie, les méditérannéens doivent sentir l'huile d'olive, les indiens le cari, les chinois le canard laqué... et les japonais le poisson. Et pourtant on ne les fait pas chier pour autant.

D'autres préjugés racistes? Vous êtes incompétent, bruyant, agressif, infantile et par votre seule présence vous rompez le wa, l'harmonie qui n'est possible qu'entre japonais.

C'est quoi ton sang?

En Occident nous avons l'astrologie. Plusieurs pensent que des traits de personnalité sont rattachés aux signes astrologiques. En Chine (et donc aussi au Japon) l'astrologie existe - avec ses traits de personnalité rattachés - mais est différente d'en Occident, étant sur une base annuelle. Cependant les japonais ont développé leur propre pseudo-science de la personnalité : le groupe sanguin.

Comme vous savez sans doute, il y a quatre groupes sanguins de base. Chacun aurait une personnalité type qui lui est rattachée :

  • A : calme, patient, sensible, perfectionniste
  • B : individualiste, fort, créatif, pratique
  • AB : rationnel, sociable, critique, versatile
  • O : confiant en lui-même, indépendant, ambitieux, agressif

Notons que si le groupe O est généralement le plus courant en Occident, le groupe dominant au Japon est A.

Il y a ensuite la question des compatibilités. En gros A, B et O s'entendent de préférence avec eux-même et AB. Et ce dernier s'entend avec tout le monde. Mais il y a plusieurs versions de cela dans les livres qui traitent de la chose, et il semble que même si AB s'entend avec tout le monde, dans une relation de couple, ce soit le signe à éviter.

Tout ça a commencé dans les années trente, quand un professeur a noté que ses élèves avaient deux type de personnalité - les bons et les mauvais - et il les a classés en A et B, selon leur type sanguin. Ensuite, quand les japonais ont envahi Taiwan et qu'ils étaient attaqués par les taïwanais, on a démontré que leur "cruauté" venait de leur sang, où dominait le type O. Que les japonais aient envahi leur pays ne semble pas constituer une raison suffisante.

En résumé, le charmant détail de culture populaire nippone a ses racines dans les théories raciales (et racistes) qui ont servies à justifier les attaques de l'Allemagne et du Japon sur leurs voisins, et qui ont incidemment leurs racines en France et en Angleterre.

Il est aujourd'hui illégal au Japon de demander son groupe sanguin à un cadidat pour un emploi. Mais c'est très suspicieux si vous refusez de répondre. Et le fait que la majorité des étrangers ne connaissent pas leur groupe sanguin étonne toujours les japonais.

Machines distributrices

Il y a au Japon une association des opérateurs de machines distributrices qui nous apprend qu'il y en aurait plus de cinq millions et demi au pays. C'est un ratio incroyable d'une machine pour vingt-trois habitants.

La plupart vendent des breuvages - plusieurs grandes compagnies se concurrençant dans ce secteur - mais on peut aussi acheter des cigarettes, de la crème glacée, du riz (en sac de cinq kilos), des films et des piles (pour les caméras), des cravates, des journeaux, du oden ou des ramen (en conserve et prêts à manger), et même parait-il des sushi.

Elles sont souvent la proie des faux-monayeurs ou des casseurs, et ont donc de plus en plus souvent des systèmes de sécurité à haute-technologie. Des systèmes pour vérifier l'âge du client (les mineurs ne pouvant pas acheter d'alcool ou de cigarettes) sont aussi de plus en plus souvent installés.

La télévison anonyme

Les japonais ont depuis quelques temps une fixation sur le respect de la vie privée. À la télévision c'est particulièrement évident. Ainsi toutes les plaques d'immatriculation de toutes les autos dans n'importe quelle émission sont masquées, même parfois dans des émissions étrangères!

Aux nouvelles, ça prend des proportions ridicules. Il y a plein de gens qui témoignent anonymement. On filme leurs pieds ou on couvre leur figure avec une mosaïque, et on change leur voix comme s'ils étaient une souris de dessin-animé. Souvent ce n'est pas qu'ils risquent quelque chose, c'est juste qu'ils ont honte d'avoir été trompés dans une des nombreuses arnaques qui ont cours au Japon.

Quand un journaliste marche dans un quartier... à la moralité douteuse, on masquera la figure de tous les passants. Et si la caméra suit sur la voie publique une personne à laquelle on reproche quelque chose, elle baignera dans une immense mosaïque, car on doit cacher les autos, les passants et les commerces, personne ne devant risquer d'être impliqué dans cette histoire.

À un certain point, ce n'est plus de l'information, on parle de quelque chose en refusant de dire quoi que ce soit : "quelqu'un a fait quelque chose quelque part..."

Big in Japan

Si vous ne le savez pas, cette expression veut dire "avoir beaucoup de succès au Japon".

Il y a beaucoup d'occidentaux qui sont des vedettes au pays des nippons, mais qui ne sont connus ailleurs que dans leur pays, quand ils ne sont pas presque oubliés.

En musique, The Carpenters et Toto sont encore très populaires. Deux chanteuses suédoises, Sophie Zelmani et Solveig Sandnes, ainsi que la norvégienne Trine Rein, qui toutes chantent en anglais, me semblent n'avoir été populaires que chez-elles et ici. Côté français c'est probablement Sylvie Vartan qui remporte la palme de la popularité.

En art, les japonais aiment tout particulièrement Alphonse Mucha, Émile Gallé, Marie Laurencin... avec une forte présence de Bernard Buffet et Michel Delacroix, dont les lithographies sont disponibles dans plusieurs galeries, et le premier ayant même un musée qui lui est consacré.

Au cinéma, Jean Reno et Sophie Marceau, les "deux seuls acteurs français que nous connaissons", sont "big in Japan". Les films "La Boom", "Cinéma Paradiso" et "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" ont été des grands succès au Japon.

Un sondage fait par une station de télévision a révélé que les trois personnalités les plus populaires au pays sont Einstein, De Vinci et Edison. Le premier japonais apparait en septième position... C'est Tezuka Osamu, le créateur d'Atomu (Astro Boy).

Profession? Journaliste...

Il y a trois grands journeaux au Japon, ce sont le Asahi, le Yomiuri et le Mainichi. Ils sont tous fortement alignés avec des intérêts politiques et financiers. À cela il faut ajouter le journal d'affaire Nikkei, le journal de langue anglaise The Japan Times, des journeaux régionaux, comme le Tokyo Shimbun, et plusieurs tabloïdes.

La production quotidienne de journeaux au Japon représente 63.4% de la population, une des proportions les plus importantes au monde, et dans les grands centres, pour les abonnés, cela signifit recevoir deux éditions quotidiennes! celle du matin et celle du soir. Ça fait beaucoup de papier qui n'est jamais utilisé et envoyé au recyclage, car peu de gens ont en fait le temps de lire leur journal. Alors que je demandais à une japonaise pourquoi elle était abonnée, elle me dit : "au Japon, on doit être abonné à un journal."

Ce sont tous des ingénieurs

Dans mon pays, pour être un ingénieur, on doit d'abord avoir étudié le génie, puis être membre d'une association professionnelle, et je pense qu'il en est de même dans la majorité des pays occidentaux.

Au Japon, le mot "ingénieur" n'a de toute évidence pas le même statut légal qu'en Occident. C'est simplement un mot emprunté à l'anglais qui sonne bien, qui a du prestige, et n'importe quel technicien en est affublé : notre ingénieur va aller réparer votre photocopieur. Même les gens qui répondent aux problèmes des clients au téléphone sont des "ingénieurs".

Je ne trouve pas mon CD

Vous êtes dans un magasin à la recherche du dernier James Blunt et vous parcourez en vain la section des B, il n'est pas là... Regardez dans les J. Les disques sont classés en ordre aphabétique du prénom.

Les japonais placent le nom de famille avant le prénom. Ils utilisent donc aussi pour les noms occidentaux le premier mot qui apparaît.

Bon appétit!

Une des caractérisques de la cuisine japonaise est la petitesse des portions : une bouchée ici, une autre là... Mais il y a maintenant une passion pour l'abondance, avec ses vedettes grandes-mangeuses qui engloutissent à la télévision deux cent sushi ou une centaine de langoustes le sourire aux lèvres.

D'autres émissions parcourent les buffets tabehodai (où l'on mange à volonté), l'idée étant de trouver ceux où on peut se goinfrer de produits luxueux à bon prix, comme des oeufs de saumon, des crevettes, des sushi, du crabe, du saumon fumé ou du rôti de boeuf.

Mais le summum de ce courant de plaisir par la quantité est sans doute le dekamori, des portions gigantesques de deux kilos de viande, deux litres de crème glacée ou des gyoza géants qui en valent cent de taille normale... que l'on commande et mange cependant le plus souvent en groupe.

B-kyu gourmets

Si l'idée d'un gourmet en est une de raffinement, on entend maintenant très souvent parler au Japon de "gourmets de la division B". Ils affectionnent la nourriture peu chère, souvent d'origine populaire, plutôt copieuse, comme le tonkatsu, le yakiniku, les gyoza ou les yakisoba. Ils connaissent les meilleurs restaurants, ont leurs sites web d'information, sont parfois invités à la télé comme spécialistes, et sont prêts à faire des dizaines de kilomètres pour manger le meilleur de ce dont ils ont envie.

Trois tares de la cuisine japonaise

On dit au Japon que les trois grandes cuisines mondiales sont la française, la chinoise et la turcque. C'est faire preuve d'une grande humilité. J'imagine que le critère de base de cette affirmation est l'influence des cuisines choisies sur les autres. Pourtant les cuisines italienne, indienne, japonaise sont excellentes et ont aussi eu un grand impact international.

Si les saveurs légères, la présentation raffinée, les ingrédients exotiques, la fraîcheur absolue de la cuisine nippone lui ont conquis des admirateurs passionnés, il y a trois petites choses que je lui reproche et que je vais partager ici avec vous.

D'abord les japonais mettent du sucre (ou du mirin, un sake sucré) dans à peu près tout. Les nimono notamment, des plats mijotés, en contiennent beaucoup. Cependant les desserts ne sont pas assez sucrés. Ensuite ils font des nabe, un bol dans lequel on cuit plein d'ingrédients au milieu de la table. Ils ne se préoccupent pas du tout des temps de cuisson et mettent pêle-mêle la viande, les poissons et fruits de mer, les légumes et le tofu, qui cuisent au petit bonheur, généralement trop. Enfin ils ont adopté toute une série de plats occidentaux qu'ils ont plus ou moins adaptés à leur goût. Ainsi, pour un japonais, un spaghetti napolitain c'est des pâtes mélangées avec du ketchup. Ce dernier est très populaire, mais sans doute moins que la sosu, une espèce de sauce Worcestershire plus épaisse et plus sucrée, qui se retrouve, entre autres, sur le okonomiyaki, les takoyaki et le tonkatsu.

On va se régaler

Au menu ce soir, une délicieuse salade au poulet de mer, suivi du très fameux ragoût de baleine de montagne. Comment ça vous ne connaissez pas?

Le sichikin (de l'anglais "sea chicken") est le thon en conserve. Pourquoi porte-t-il ce nom? Je ne sais pas, mais j'imagine que c'est l'apparence qui est similaire.

La yama kujira (baleine de montagne) est le sanglier. Les bouddhistes ne pouvaient pas manger de viande. La baleine, considérée comme un poisson, était cependant au menu. Les gens de la montagne mangeaient du sanglier en en changeant le nom.

L'éternité

Tous les produits alimentaires japonais emballés ont une date de péremption. Tous sauf la crème glacée. On la considère bonne pour toujours. Ou alors elle ne reste vraiment pas longtemps au congélateur. Du moins, je l'espère.

Intelligence

Vous connaissez l'expression "ne pas être une lumière"? Au Japon l'équivalent est "c'est un néon", car le néon ne s'allume pas rapidement et avec des ratés.



Heures d'ouverture
17:00 - 26:00

Eh! oui... 26:00 heures...

Parce que nous sommes japonais...

Les japonais ont une culture très intéressante. Cependant, si on y regarde de près, il y a beaucoup d'emprunts plus ou moins nipponisés. Comme pour nous, leur identité culturelle passe par les différences, qui leur paraissent fondamentales, et l'immense emprunt qu'ils ont fait semble être négligeable. Et dans les émissions de télé, deux japonais qui savourent un bol de soupe miso vont se regarder tout attendris et dire : "c'est bon! bien sûr, parce que nous sommes japonais!"...

J'aime la soupe miso et pourtant ça ne fait pas de moi un japonais, de la même façon que porter des vêtements occidentaux, regarder des films américains, utiliser des anglicismes aux trois phrases ou manger quotidiennement des plats étrangers ne semble pas rendre les japonais moins japonais... Mais jusqu'à quel point peut-on emprunter de l'étranger sans perdre son identité? Y-a-t-il une limite à la capacité d'assimilation d'une culture? Au Japon, il ne semble pas y en avoir.

Citations hors contexte

La culture japonaise est difficile d'accès? Les cultures occidentales sont à peu près aussi hermétiques pour les japonais, qui se font une spécialité d'emprunter quelque chose de l'étranger sans en comprendre le contexte.

Avez-vous lu Peanuts? Charlie Brown? Si oui, vous savez le côté névrotique et pessimiste de cet humour. Mais pour les japonais, Snoopy est un mignon petit chien blanc, surtout populaire auprès des jeunes femmes, avec ses boutiques spécialisées où acheter crayons, tasses ou biscuits à son effigie.

Playboy est un magasine érotique pour hommes... au goût douteux. Au Japon c'est une boutique de mode. Des hommes se promènent avec des manteaux Playboy, des femmes ont le lapin imprimé sur leur chandail et des fillettes vont à l'école avec la charmante petite bestiole brodée sur leurs chaussettes.

Lisons... écrivons...

Pour lire un journal, on doit connaître officiellement 1945 caractères chinois (kanji), plus deux syllabaires de cinquante-et-un caractères chacun, les hiragana consacrés aux mots japonais et les katakana réservés aux mots étrangers, plus bien sûr les caractères romains, appelés romaji.

Les kanji ont généralement une prononciation chinoise et une autre japonaise, comme "fleur" qui peut se lire ka ou hana. Certains en ont jusqu'à quatre, comme "enfant", qui peut se lire ko, shi, su ou sa. En conséquence, les noms de famille un peu hors de l'ordinaire ne peuvent être lus en toute certitude.

Beaucoup de japonais adultes ne peuvent lire un journal sérieux, et parmis ceux qui le lisent, beaucoup ne pourraient l'écrire sans l'aide d'un traitement de texte, car s'ils reconnaissent les caractères chinois, ils ne peuvent pas écrire à la main les plus rares ou les plus difficiles.

Le japonais s'écrit traditionnellement de haut en bas et de droite à gauche. Les livres et les bandes-dessinées se lisent donc de la droite vers la gauche, en commençant par ce que nous considérerions comme la fin du volume. Cependant, le japonais peut aussi être écrit comme nos langues indo-européennes (de gauche à droite et de bas en haut) ou même parfois comme l'arabe...

La calligraphie, qui serait en Occident l'art de bien écrire, se veut en Extrême-Orient l'art d'écrire expressivement, et est donc souvent complètement illisible.

Petit exercice numérologique

En Occident, pour beaucoup de personnes, le chiffre sept est chanceux et le treize malchanceux. En Asie, le huit est chanceux. En Chine on peint des groupes de huit chevaux galopants en symbole de prospérité et de bonheur. On les voit de temps en temps au Japon. Par contre, le chiffre quatre, qui se prononce parfois comme le mot "mort", porte malheur et on ne vendra pas quatre choses ensembles. Ainsi les services à thé ou à café ont souvent cinq tasses et une compagnie qui vendait des balles de golf en boîtes de quatre a dû repenser ses emballages.

Les trois meilleurs

Les japonais aiment faire la liste des trois meilleurs de n'importe quoi. Par exemple, les trois plus beaux panoramas du Japon sont Ama no Hashidate, Miyajima et Matsushima. Il y a longtemps on a décidé que les trois plus beaux jardins du pays sont Korakuen, Kenrokuen et Kairakuen, mais certains remplacent ce dernier par Ritsurin.

Les trois meilleurs poulets d'élevage japonais sont ceux de Nagoya, Akita, Tokushima, Miyasaki et Kagoshima. Faites votre choix selon votre goût. Et les trois grandes montagnes nippones sont les monts Fuji, Tateyama et Haku... ou alors, dépendant du point de vue je suppose, Haguro, Gassan et Yudono. À moins bien sûr que vous soyez bouddhiste et privilégiez les monts Osore, Koya et Hiei.

Un ami à qui je demandais pourquoi on comptait neuf montagnes dans la liste des trois plus fameuses me dit que de toute façon au Japon toutes les montagnes sont sacrées.

Quatre par quatre

Il est très japonais de faire des mots de quatre syllabes. Par exemple caméra digitale devient digikame et harcellement sexuel sekuhara.

Mais le plus amusant est peut-être les centaines d'onomatopées qui sont le plus souvent bâties sur la répétition de deux syllabes, comme pera pera, qui signifit parler couramment une langue, giri giri qui signifit "limite" ou "tout au bord" de quelque chose, gito gito (huileux) ou guru guru, une chose qui tourne sur elle-même, comme une toupie.

Qui a dit que le chiffre quatre portait malheur?

Une tasse

Vous avez péniblement déchiffré les instructions sur le paquet de cari que vous venez d'acheter et on vous dit de mettre une tasse d'eau. Vous sortez de vos bagages la tasse à mesurer qui ne vous quitte jamais et hop! Erreur! La tasse occidentale a 250 ml, mais la japonaise seulement 200.

Il ne faut pas la confondre avec le go - une mesure traditionnelle - qui n'en a que 180.

Le Japon et l'ambiguité sexuelle

À ses débuts, le kabuki était joué dans les quartiers de plaisir et tous les rôles étaient tenus par des femmes, mais comme les actrices se prostituaient et que le Japon de l'ère Edo était - comme celui d'aujourd'hui - une société contrôlante et morale, on interdit les actrices et le kabuki devient quelque chose d'exclusivement masculin. Les rôles féminins furent d'abord tenus par des adolescents... qui se prostituaient aussi et on les interdit donc à leur tour, laissant la place aux onnagata, ces acteurs spécialisés dans les rôles féminins, que nous connaissons aujourd'hui.

Les amateurs disent qu'ils font des femmes meilleures que les femmes réelles. J'imagine que si vous n'aimez pas les vraies femmes, mais une interprétation faite par et pour les hommes, très réductrice, bordant sur le ridicule et finalement mensongère elles sont parfaites en effet.

Mais les femmes ont maintenant officiellement (sinon en réalité) les mêmes droits que les hommes, alors elles ont leur propre interprétation frauduleuse de l'autre sexe. Elles vont à Takarazuka, un théâtre qui associe les romans à l'eau de rose et les revues à grand déploiment, et où tous les rôles sont tenus pas des femmes. Ce sont les actrices jouant des rôles masculins qui sont les vedettes... elles sont meilleures que des hommes réels...

Beaucoup de femmes japonaises ont des problèmes avec la masculinité. Il y a dans les librairies une section complète - et parfois très grande - qui leur offre des romans et des bandes-dessinées racontant les amours homosexuelles d'androgynes... plus vrais que nature. Ces hommes-là ne leur causent pas de craintes.

La télévision japonaise utilise les services de nombreux talento, des personnalités télévisuelles n'ayant souvent pas beaucoup plus de talent qu'une allure extravagante ou une expression accrocheuse qu'ils répètent sans cesse. Un nombre étonnant d'entre eux sont des hommes efféminés, souvent des travestis, au pays des samurai où les hommes doivent avoir "la lèvre supérieure rigide".

Au Japon on aime souvent ce qui est faux. Oubliez la passion des japonais pour la nature, en réalité ils aiment les jardins, les bonsai, l'arrangement floral... De même, ils portent souvent plus d'attention aux rôles qu'aux gens. La société impose toujours un rôle, mais au Japon il est exigeant et lourd à porter, avec de nombreuses règles et une stricte hiérarchie. L'ambiguité sexuelle est dans ce contexte une forme de liberté, un monde de rêve où s'échapper.

Un homme, un vrai!
ou à peu près...

La majorité des hommes japonais correspond assez à l'idée traditionnelle que l'on se fait d'un homme en Occident. Cependant, il est souvent question ces temps-ci dans les média de la féminisation du mâle japonais. Je ne serai pas celui qui vous dira que la peau d'un homme devrait ressembler à du papier sablé, qu'un homme devrait sentir la bête fauve et ne boire que du whisky. Et pourtant...

Produit pour nettoyer la peau? D'accord, mais pas de fond de teint! Suivre la mode? Si vous voulez. Porter un blouson lamé or, des pantalons moulants et des bijoux? Non! Un chapeau en été? Pourquoi pas, mais pas une ombrelle! Vous voyez peut-être où je veux en venir.

Il y avait dans le train l'autre jour, un jeune homme qui a passé tout le trajet (quarante-cinq minutes environ) à se regarder dans un miroir en se tâtant la peau et en se plaçant les cheveux. J'ai vu un homme dans une gare qui portait une jupe d'écolière. Il semble que ce soit une des nouvelles choses de Harajuku. Gatsby, une marque de produits cosmétiques pour homme, se fait une spécialité de campagnes publicitaires dans lesquelles - non sans humour - des hommes dansent en caressant leur poitrine glabre. Les japonais déjà ne sont pas très poilus, mais l'exemple hollywoodien a fait, comme partout, des ravages.

D'accord, ce n'est qu'une minorité, mais il semble qu'environ cinquante pourcent des hommes japonais dans la vingtaine font pipi assis. Leur mère ne voulant pas qu'ils salissent la salle de toilette les a éduqués ainsi. Quand on veut que son chien ne soit pas dominant, on le force à ne pas lever la patte pour pisser, à s'accroupir comme une femelle. Regardez-y un peu de près : l'homme n'est pas tellement différent du chien, dans son comportement.

Intérieur - extérieur

Dans une maison japonaise traditionnelle, la distinction n'est pas clairement faite entre l'intérieur et l'extérieur. Il y a souvent un jardin, qui fait évidemment partie du dehors. La pièce de son côté a de nombreuses et grandes ouvertures - des pans entiers de murs qui sont en fait des portes ou des fenêtres - ouvrant sur ce jardin. Une véranda fait le pont entre les deux domaines, faisant à la fois partie de la pièce et du jardin.

Quand on entre dans la maison, on doit enlever ses chaussures, l'impureté du dehors ne devant pas souiller la pureté du dedans. On passe par le genkan, un autre lieu intermédiaire qui est comme un sas. C'est dedans, mais ça fait partie encore du dehors. Son plancher est au niveau de la rue et pour entrer effectivement dans la maison on doit monter une marche, le plancher étant surélevé.

Ce lieu fait tellement partie de l'extérieur, qu'un vendeur va ouvrir la porte principale de la maison - qui en Occident serait la frontière - s'installer dans le genkan et crier gomen kusasai pour qu'on lui réponde.

En japonais, pour entrer dans une maison il y a deux verbes. Hairu veut dire entrer dans le genkan, comme sous le toit, et ageru, qui signifit littéralement "monter", entrer dans la partie surélevée et privée du domicile.

Osaka

Tout le monde le sait, les japonais sont réservés, polis et disciplinés. En réalité, on n'a pas à creuser bien loin pour trouver tout l'inverse, mais ce n'est peut-être nulle part plus évident qu'à Osaka.

Cette ville, la deuxième plus grande du pays, était déjà un grand centre commercial alors que Tokyo n'était encore qu'une bourgade sur le bord d'un marais. Les gens d'Osaka ont leur dialecte, le kansaiben, aiment les onomatopés et parlent fort. Beaucoup des humoristes du pays viennent de Osaka.

Ils traversent les rues sur le feu rouge et sont réputés dans tout le pays pour aimer boire, manger et s'amuser. Ils sont fiers de leurs spécialités locales, de okonomiyaki et de takoyaki, et ne mangeront jamais leur anguille ou leurs nouilles comme à Tokyo!

Une station de télévision a fait l'expérience de faire tomber quelqu'un portant un plein sac de fruits au milieu d'une rue commerçante. En quatre secondes neuf personnes s'appliquaient à récupérer les fruits répandus sur la voie publique.

On peut aimer ou non, mais Osaka a son esprit, sa personnalité, son athmosphère, et tout ça est passablement coloré.

Kansai versus Kanto

Pendant la majeure partie de son existence, et même à l'ère Edo, quand le pays a été unifié sous la gouverne du shogun, le Japon était une association de régions quasi-indépendantes. Il reste encore aujourd'hui de nombreux régionalismes, les plus frappants étant sans doute ceux distinguant les deux régions les plus peuplées et influentes du pays, le Kanto (autour de Tokyo) et le Kansai (la région de Osaka).

Il y a bien sûr des différences de langue - le Kansai a son dialecte appelé kansaiben - et culinaires, mais certaines particularités sont surprenantes. En voici quelques-unes...

Quand on emprunte un escalier-roulant, il y a un côté où les gens se tiennent et un autre où les gens pressés montent, comme dans un escalier ordinaire. Dans le Kansai, les gens qui ne sont pas pressés ou qui sont paresseux se tiennent à droite, et dans le Kanto à gauche. Il y a parfois un panneau qui dit de quel côté on doit se tenir.

L'électricité au Japon est de 100 volts, mais dans le Kanto elle est à 50 hertz, alors qu'elle est à 60 hertz dans le Kansai. Les appareils électriques japonais sont conçus pour s'adapter automatiquement aux deux fréquences.

Croyez-le ou non, le drapeau japonais, ce grand carré blanc avec un cercle rouge au centre, n'est pas le même dans les deux régions! D'après un fameux manufacturier, le cercle est plus orangé dans le Kanto et plus foncé dans le Kansai...

C'est la mode

Un peu partout autour de la planète on croise des jeunes gens aux cheveux rouges, aux cheveux verts, aux cheveux bleus... Au Japon ce n'est pas très fréquent, mais les vieilles femmes aux cheveux blancs se teignent souvent en mauve ou en rose. Pourquoi? Parce que c'est vivant et que ça a du style.

Un Japon fort

Sur certains shinkansen, ces trains à haute-vitesse fierté des japonais, on peut lire "Ambitious Japan!" C'est à peu près tout ce que le gouvernement a trouvé pour sortir le pays du ralentissement économique qui le paralyse depuis une vingtaine d'années maintenant.

Les japonais ont la nostalgie de la "bulle économique", quand dans les années quatre-vingt le pays semblait profiter d'une croissance économique illimitée, et qu'on pouvait cracher ses yen à la face du monde avec toute l'insouciance de nouveaux riches. Depuis, les compagnies japonaises ont passablement plus de difficultés et ce sont les employés, ces sarariman, qui en payent souvent le prix. Alors on les courtise.

Il y a une compagnie de prêt dont le slogan du moment est "I am a hero". On nous montre des jeunes hommes faisant du temps supplémentaire, des jeunes femmes qui travaillent pendant leur repas du midi... Dans les trains ils sont dessinés comme des personnages de manga, en contre-plongée et regardent fièrement vers l'horizon. Le message est simple : travaillez fort pour payer nos taux d'intérêt faramineux.

Le marché des breuvages revitalisants (energy drinks) est important au Japon. Une des campagnes publicitaires nous montre d'autres sarariman dans une course, leur ordinateur à la main, grimpant sur les câbles d'ascenseurs, rampant dans les conduits d'air climatisé, faisant du rappel sur les immeubles à bureau, tombant dans les salles de réunion du plafond ou en passant à travers les vitres pour enlever les contrats à la barbe d'étrangers confondus. Ça s'appelle de la démagogie.

Et puis il y a ce geste, qui doit être celui du moment, car on le voit partout, du poing brandi. Les politiciens brandissent le poing pour un oui ou un non. Les sportifs brandissent le poing pour n'importe quoi. Les hommes d'affaire se donnent des airs victorieux en brandissant le poing. C'est encore une de ces images de l'Occident qui impressionnent les japonais et dont ils ne comprennent pas le ridicule.

La femme propre

Il y a toutes sortes de femmes au Japon et certaines sont passablement colorées, mais la tendance qui domine est celle de la femme propre. On la reconnait facilement. Elle ne parle pas fort. Elle s'assoit les genoux collés. Elle baisse facilement les yeux. Elle est habillée de façon conservatrice, pas de décolté, un petit cardigan sur les épaules, des couleurs sobres et peu de maquillage.

C'est la petite fille modèle, l'épouse obéissante, la mère de famille, qui renit sans doute les extravagances de son adolescence, c'est la femme qui obéit au mâle, mais qui est peut-être seule. Car souvent elle attend le prince charmant, celui qui aura les trois grandeurs : de taille, d'éducation et de salaire.

Elle se retrouve dans les banques et les compagnies, en uniforme de OL ("office lady"), la jupe en bas du genoux, le col boutonné, un petit foulard ridicule noué autour du cou. Elle se tient les pieds en Y, comme dans les années cinquante en Occident, avec une main couvrant l'autre sur son estomac. Son travail consiste pour l'essentiel à dire irrashaimase, à faire des photocopies et à servir le thé.

Il y avait dans une activité internationale où je suis allé, une jeune femme en t-shirt qui montrait la naissance de ses seins quand elle se penchait - rien de bien choquant croyez-moi. Une femme propre est venue l'avertir qu'elle en montrait trop et la jeune femme a mis un morceau de ruban gommé sur son chandail, pour qu'il ne s'ouvre plus. C'est l'idéal féminin japonais.

Ce que les femmes aiment

Au Japon elles aiment par dessus tout le magasinage! Il y avait récemment une campagne publicitaire dont le slogan était "you are what you buy" (en anglais). Il n'y avait aucun sous-entendu, aucune ironie, c'est au sens propre.

Elles aiment le yoga. Il y a des salons partout autour des gares. On en voit tout le temps à la télévision. C'est comme si toutes les jeunes femmes le pratiquaient...

Elles aiment la danse. Si la danse sociale et les danses latines - la salsa notamment - sont à l'honneur, le flamenco, le hula et la danse du ventre sont très populaires. Soyons femme et sensuelle! Et puis les danseurs se faisant rares, ce sont des danses qui se dansent seule.

La boulangerie et la pâtisserie sont des passe-temps populaires. Comme d'habitude il n'y a pas de four dans une maison japonaise, les jeunes femmes s'achètent un petit four à installer sur le comptoir.

Les femmes et l'argent

Autrefois dans mon pays, l'homme donnait son salaire à sa femme, qui tenait les cordons de la bourse familiale. Elle lui donnait ensuite son argent de poche, comme à un adolescent.

Au Japon, les choses sont encore souvent comme ça. J'ai un ami qui se plaint régulièrement de n'avoir aucun contrôle sur son argent. C'est lui qui travaille, mais tout va à sa femme.

Un jeune japonais qui était dans la même situation et auquel un autre ami demandait si sa femme était bonne à gérer leur argent dit : "non, elle gaspille beaucoup". Mais il ne pouvait rien y faire.

Et puis il y a de nombreuses jeunes femmes célibataires qui travaillent mais demeurent encore chez leurs parents. C'est devenu le groupe social ayant le plus fort pouvoir d'achat, et on les courtise de plus en plus, leur offrant même des appartements conçus spécialement pour leurs besoins, avec des systèmes opérés par téléphone cellulaire et une sécurité accrue.

L'occidentale de service

Il n'y a pas beaucoup de nudité dans les média japonais (en dehors de la pornographie). Quand il y a une femme nue, si c'est une japonaise, elle est probablement dans un onsen (un bain), et on la voit généralement de dos, avec seulement la tête, les épaules et un bras qui sortent de l'eau. Les personnalités - hommes ou femmes - sont presque toujours enroulées dans une serviette. Les gens du commun sont filmés tout nus et on place le flou artistique d'une mosaïque pour préserver la décence.

Pour en voir un peu plus - un sein, une courbe de fesse - on aura le plus souvent recours à une occidentale, sans doute un des nombreux jeunes mannequins qui posent pour les catalogues et les magasines de mode. Il est probable que les femmes japonaises sont trop comme il faut pour s'exhiber comme une occidentale.

De la petitesse du Japon

Le Japon est un archipel qui s'étend sur à peu près trois mille kilomètres, de la Sibérie jusqu'à Taiwan. Cependant la majeure partie de cet impressionnant territoire est constituée de petites îles qui s'égrènent en chapelet au sud. La grande majorité de la population vit sur les quatre grandes îles au nord. Ces îles sont largement montagneuses et les japonais se concentrent dans quelques plaines - le Kanto et le Kansai - et sur les côtes. La densité de population est grande et l'espace restreint.

Il y a un livre intéressant qui s'appelle The Compact Culture où on présente les choses au Japon qui se plient, s'emboitent ou les versions miniatures de ce que nous avons en Occident. Les appartements japonais tendent à être petits. Ils sont souvent surchargés de meubles de rangement et même les murs sont mis à profit, pour pendre les vêtements.

Mais au delà de ces questions spaciales, la petitesse japonaise est culturelle. Si la culture japonaise est forte et originale, l'une des influences majeures au monde, il s'est développé, à cause de la langue, de l'insularité et du conservatisme de la majorité des japonais, un système en vase clos, où on voit l'étranger comme à travers une vitrine et où la culture nationale tourne un peu en rond sur elle même.

C'est nulle part plus évident qu'à la télévision, un medium qui tend à tout réduire. Il y a six grands réseaux au Japon. Pourtant, exception faite de NHK, le réseau national, on voit continuellement les mêmes gens, on entend toujours les mêmes choses. C'est comme un petit pays qui n'a que peu de ressources. Il y a une culture japonaise qui déploit ses ailes, mais au quotidien le Japon est surprenament petit pour un pays ayant autant d'impact culturel et économique sur le monde.

Le bruit

Subjectivement, je dirais que le Japon est moins bruyant que les autres pays que j'ai visités. Cependant les villes sont denses et la circulation aussi. Les ambulances sont soumises aux limites de vitesse... Elle font quand même aller leur sirène pendant toute la durée du trajet, de jour comme de nuit : lentes et bruyantes...

Dans le Kansai on semble apprécier le solo de klaxon. Autour de chez-moi c'est assez tranquille. Il y a les aléa habituels d'une vie de quartier : les enfants qui crient et les chiens qui japent. Cependant, si je me base sur mes voisins immédiats, cent pourcent des japonais ne savent pas fermer une porte sans la faire claquer. La porte traditionnelle au Japon est coulissante. Peut-être que le concept d'une porte battante est au dessus de leur capacité d'abstraction.

Mais il y a trois sources de bruit qui ont toutes deux roues. D'abord les bicyclettes ont presque toujours les freins qui crient. Quelqu'un recommandait de ne pas prendre un appartement au pied d'une côte!

Ensuite, les journeaux sont livrés entre quatre et cinq heures du matin par des gens chevauchant vaillamment des mobylettes pétaradantes. On les entend arriver, tourner de maison en maison, puis repartir à des centaines de mètres de distance.

Enfin il y a des groupes de motards - les abominables bosozoku - qui passent au ralenti dans les quartiers, à la barbe des policiers qui ne font rien, en faisant vrombir leur moteur. Au milieu de la nuit, on les entend sur des kilomètres.

La musique c'est japonais!

Vous connaissez la force de l'industrie japonaise pour les autos, les caméras, les montres et pour les appareils électroniques domestiques en général. Mais avez-vous jamais réalisé la présence des japonais dans le domaine des équipements musicaux?

Yamaha est probablement le plus important fabriquant de matériel musical au monde. Ils font des instruments de musique, des appareils électroniques et produisent des disques (mais moins que Toshiba et Sony). Ils ont leurs propres magasins (vendant CD, instruments et partitions) et même leur chaîne d'écoles musicales.

Yamaha est l'un des plus importants fabriquants de pianos au monde et l'un de leurs concurrents majeurs est Kawai, une autre compagnie japonaise. C'est aussi l'un des plus importants fabriquants de claviers électroniques et de synthétiseurs. Leurs principaux concurrents dans ce domaine sont Casio, Korg et Roland, trois autres compagnies japonaises.

Vous jouez de la batterie? Yamaha fabrique certaines des meilleures batteries au monde. Et on peut en dire autant de Tama et de Pearl, qui sont encore deux compagnies japonaises. Pour les cymballes, il faudra cependant aller en Turquie...

Vous préférez la guitare? Il y a une demi-douzaine de fabriquants de guitares importants au Japon. Pendant longtemps ils se sont concentrés sur le marché des musiciens débutants et amateurs. Si les compagnies américaines ont encore la meilleure réputation, Ibanez (et à un degré moindre Takamine et encore Yamaha) les concurrence de plus en plus agressivement sur le marché professionnel.

Maru et batsu

Maru c'est le cercle et sa connotation est positive. Batsu c'est la croix, en forme de X, et signifit quelque chose de négatif. Les japonais vont parfois croiser les avant-bras devant eux en disant que quelque chose est impossible, interdit ou manquant.

Ça donne ce détail amusant qu'un professeur qui prend les présences en Occident va mettre une croix pour indiquer la présence de l'élève, mais un japonais va mettre un cercle, et une croix pour marquer son absence.

Oui?

Les japonais n'aiment pas dire "non". Ça rompt l'harmonie. Ils l'utilisent quand la réponse n'implique personne, comme pour "est-ce qu'il pleut". Si vous demandez la permission de faire quelque chose on vous l'interdira en répondant "un peu". Si vous demandez à quelqu'un de faire quelque chose, on répondra "c'est difficile". Et "oui", au Japon, a des variantes qui veulent dire, "oui", "peut-être", "je ne sais pas", "je comprend" ... et "non".

Ah! Hawaii!

Si vous demandez à un japonais où il veut passer ses prochaines - et probablement très courtes - vacances, il dira peut-être en France, en Italie ou en Australie, peut-être le Canada ou Bali, mais la destination qui revient le plus souvent est probablement Hawaii.

Les japonais semblent avoir une histoire d'amour avec cet archipel américain. D'abord des milliers de japonais ont immigré là-bas depuis la fin du dix-neuvième siècle. Dès 1905 on rapportait des tensions entre le Japon et les États-Unis. Les civils japonais à Hawaii avaient formé des "cercles de tir" et on redoutait de les voir prendre le contrôle des lieux, d'où leur incarcération lors de la seconde guerre mondiale.

Avant mon arrivée au Japon, si on m'avait dit Hawaii, j'aurais répondu "alohah" et "mahi mahi". Depuis, au contact des nippons, j'ai découvert les lei, le hula, les tiki, le locomoco... La musique hawaienne - en particulier le ukulele - est très populaire au pays du soleil levant et il y a un peu partout des boutiques vendant des chemises, de l'artisanat et du café hawaiens.

Zoologie

Même dans ses parties les plus urbanisées, il y a au Japon un nombre surprenant d'animaux sauvages. À Nara ou à Miyajima on croise des daims qui se promènent en toute liberté sur la rue. Les macaques côtoient les humains un peu partout - dont Nikko - et dévastent régulièrement les cultures. Les forêts nippones abriteraient encore un nombre important de sangliers et d'ours.

Le Japon a beaucoup de serpents, incluant une vipère venimeuse. On voit aussi des petits lézards, des tortues et beaucoup de grosses grenouilles. On voit fréquemment des petites chauve-souris chasser à la tombée du soleil.

L'ornithologie nous offre bien certainement des pigeons, des mouettes et occasionellement des canards, mais les corneilles et les milans sont omniprésents. Dans les rivières on voit souvent des hérons, des aigrettes et des cormorants. Dans le nord du pays, les grues sont fameuses.

Du côté de l'entomologie, l'été est un concert de cigales et de criquets. Les libellules, les mantes religieuses, les scarabés de toute sorte - que les enfants chassent durant leur vacances d'été - les papillons et de grosses araignées jaunes et noires sont partout, comme malheureusement les moustiques et les cafards.

On croise aussi de temps en temps le mukade, un mille-pattes pouvant atteindre huit centimères de long et dont la morsure est très douloureuse.

À la miaou...

Un nombre surprenant de chats au Japon n'a qu'un petit bout de queue. Il semble que ce n'est pas qu'on la leur coupe - comme parfois autre chose - mais génétique, les chats du Japon ayant développé cette particularité.

Étrange...

Vous verrez en vous promenant des bouteilles en plastique pleines d'eau, souvent quelques dizaines alignées autour des maisons et des clôtures, presque sur la voie publique. Qu'est-ce que ça peut bien être?

Les propriétaires n'aiment pas les chats qui se promènent chez eux. Les japonais pensent que ces animaux n'aiment pas ce qui n'est pas naturel et vont avoir peur de ces objets inusités. Je pense que les chats ne sont pas au courant et doivent se frotter amoureusement dessus...

Fukubukuro

Le nouvel an est la fête annuelle la plus importante au Japon. Les commerces ferment habituellement le premier janvier. Cependant ils rouvrent souvent le deux - surtout les grandes surfaces et les magasins à rayons - pour la "première vente de l'année". Ils offrent alors à leurs clients des fukubukuro ou "sac chanceux".

Il s'agit d'un sac en papier dans lequel on enferme des articles. Si ce sont des vêtements, on n'a habituellement que l'information de la taille. Il y a des aliments, des bibelots, des accessoires... Et ce ne sont pas que des invendus. Plusieurs magasins sont réputés pour la qualité de leur fukubukuro qui peuvent contenir des biens pour une valeur deux ou trois fois supérieure au prix demandé.

Les trois talents des talento

Il y a une profusion d'émissions à la télévision japonaise où est invitée toute une panoplie de personnalités, des acteurs et actrices, des chanteurs et chanteuses, des vedettes sportives, des humoristes, des talento... Ils jasent en groupe dans les émissions de variété ou on les envoit quelque part en mission de découverte.

Pour perdurer à la télévision japonaise, il semble essentiel de maîtriser trois techniques qui reviennent constamment. D'abord il faut pouvoir manger n'importe quoi devant la caméra et lancer des umai, amai, yawarakai, torokeru... toute une série d'expressions poussées comme si on venait de découvrir la cure du cancer. Ensuite il faut savoir se baigner, enroulé dans une serviette, et s'extasier du réconfort absolu que l'on est sensé ressentir et de la douceur de sa peau. Enfin il faut pleurer devant les histoires pathétiques de dernière lettre d'amour de kamikaze ou de jeunes mères emportées par la maladie sous les yeux de leur fillette. Et il y a des carrières bâties là-dessus.

Le pays du soleil brûlant

Le Japon est un pays sous-tropical. L'été y est chaud, humide et long. Si en Occident un homme avec un mouchoir aurait l'air de sortir des années cinquante, ou d'un efféminé maniéré s'il utilisait un éventail pliant en public, les hommes japonais le font régulièrement.

Du côté des femmes, il y a deux attitudes au sujet du bronzage. La première, fameuse du côté des plages, est la peau bronzée à tout prix, et cela va jusqu'aux salons de bronzage, aux cosmétiques des makumba et autres kogaru et depuis peu on a les cabines de bronzage artificiel en aérosol.

Plus traditionnel, un peu comme au dix-neuvième siècle en Occident, on a le blanc à tout prix. Les femmes portent de longs gants, des visières en plastiques, des chapeaux et les ombrelles sont couramment utilisées.

Petit guide hivernal

Le nord du Japon - Hokkaido, la région de Tohoku au nord de l'île de Honshu, la côte de la mer du Japon (au moins jusqu'à Fukui) qui fait face aux vents venant de Sibérie, et les préfectures des alpes japonaises, comme Nagano et Gumma - connait des hivers froids avec d'importantes chutes de neige (jusqu'à trois et parfois quatre mètres par année). On appelle cette région yuki no kuni, le pays de la neige. Sur la côte du Pacifique - là où vit la majorité de la population - l'hiver est plus doux, le mercure ne tombant que rarement au dessous de zéro et la neige n'apparaissant que rarement, mais les maisons sont tellement mal construites, avec des murs minces, des fenêtres simples et des fentes partout, que l'hiver y est plus inconfortable qu'au Canada.

Autrefois les japonais chauffaient leur maison de bois aux murs de papier avec des hibashi, des vases en céramique dans lesquels on plaçait de la cendre et des morceaux de charbon de bois ardents. Au nord le irori, un bac carré installé dans le plancher, servait au chauffage et à la cuisson. Encore aujourd'hui on le voit dans les ryokan. Dans certaines régions montagneuses, les maisons traditionnelles sont bâties en A, avec un toit en paille, des planchers avec des fentes pour laisser la chaleur se propager entre les étages, et une sortie à l'étage pour quand il y a trop de neige pour utiliser celle du rez-de-chaussée.

Aujourd'hui on a généralement une pompe à chaleur - qui chauffe en hiver et refroidi en été - mais elles sont habituellement faibles et chères à utiliser. Les chauffrettes sont très populaires. Il y en a des électriques (celles avec éléments de carbone ou lampe halogène sont plus performantes, celles à l'infrarouge ne sont efficaces que si vous êtes devant), au kérozène (on doit les remplir régulièrement, elles sentent souvent mauvais et posent un sérieux danger d'empoisonnement) ou au gaz, qui sont les plus économiques à l'usage, mais pas à l'achat, et probablement les plus performantes. Les systèmes de chauffage centraux et les fenêtres doubles semblent être une spécialité de Hokkaido et on voit de plus en plus de planchers chauffants annoncés, mais pas nécessairement installés.

Les tapis et les couvertures chauffants sont aussi populaires. Les petits sacs que l'on met dans sa poche et les pellicules qu'on se colle dans le bas du dos sont monnaie courante. Les bouillotes se trouvent partout. Mais le kotatsu est sans doute le symbole du confort hivernal pour le japonais moyen. Il s'agit d'une table sous laquelle il y a une petite chauffrette électrique et de laquelle pend une couverture : les jambes au chaud et la tête au froid...

On pourrait penser que le japonais qui tremblotte enroulé dans son manteau quand il fait dix degrés saurait faire preuve de bon sens hivernal, mais parfois il porte des sandales... Samui desu ne!

Un masque

Dans les années soixante-dix on voyait des photos de japonais portant un masque (comme les chirurgiens) dans les média, avec le commentaire que c'était parce que l'air à Tokyo était trop pollué. C'était faux.

Les japonais portent couramment des masques, le plus souvent parce qu'ils ont le rhume et ne veulent pas contaminer leurs collègues ou les gens qu'ils croisent dans le train. Certains ne sont pas malades mais veulent se protéger de la contagion. Il y a parfois des gens qui portent des gants pour ne pas toucher les poteaux et les poignées directement dans les transports en commun. Enfin un sixième des japonais (environ vingt millions) serait allergique au pollen - notamment au printemps - et le masque filtre un peu les allergènes qui rendent leur vie misérable.

Voir une personne masquée n'étonne personne, et les criminels ont donc la vie facile, pouvant aller sur la rue masqués sans attirer l'attention.

Il y a des modèles qui épousent les formes du visage pour une plus grande efficacité, certains avec coussin rafraîchissant pour les maux de gorge, d'autres qui ne retiendont pas la chaleur de votre souffle, d'autres encore qui ne frotteront pas sur votre rouge à lèvres...

Les jolis personnages

On voit une profusion de petits personnages au Japon. D'abord il y a les mascottes. Il semble qu'aucune organisation puisse s'en passer. Même la police métropolitaine et la force armée ont la leur. Ensuite on trouve les personnages de bandes-dessinées, de dessins-animés ou de livres illustrés dont on vend les licenses pour les sous-produits.

Dans cette catégorie, des États-Unis viennent Snoopy, la Panthère Rose, Tom et Jerry, toute la grande famille de Disney, ainsi que des choses moins connues, comme Madeline ou Curious George. De France viennent Babar, Gaspard et Lisa, les Barbapapa. D'Angleterre vient Peter Rabbit. La Finlande offre les Moomins. Le Japon aligne Anpanman, Doraemon, les personnages du Studio Ghibli... Gachapin et Mukku viennent d'une émission pour enfants de Fuji Terebi. Et les Care Bears (les Calinours) sont encore très populaires au Japon.

Mais le plus surprenant est sans doute les personnages développés par des compagnies spécifiquement pour les licenses. Elles lancent les Cinnamonroll, Rilakkuma, Tarepanda, Miffy et autres Hello Kitty dans l'espoir que leur popularité attire les manufacturiers de n'importe quoi, des tasses aux biscuits en passant par les chaussettes, les agendas et les porte-clés. Et ça marche.

La musique au volant

Il y a souvent des petites barres sur la ligne qui sépare les deux voies d'une rue à double sens au Japon. Si un conducteur s'aventure à toucher la ligne avec sa roue, il entendra un "tac-tac-tac" qui l'avertira.

Certaines personnes imaginatives ont pensé mettre un peu la même chose mais plus large sur des portions de route. Si vous roulez à la vitesse annoncée sur un panneau, vous entendrez la musique d'une chanson populaire en passant sur les barrettes!

Qui sait? Ça aidera peut-être à contrôler les excès de vitesse et à réduire la rage au volant...

Ce que le monde doit aux japonais
et vice-verça...

Ils sont les inventeurs de l'éventail pliant et du pousse-pousse, que l'on associe à tort à la Chine. Leur art au dix-neuvième siècle a influencé les occidentaux, avec le japonisme. Au vingtième ils ont inspiré l'architecture moderniste et la nouvelle cuisine. Ils ont trouvé un usage au transistor qui dormait sur une tablette quelque part aux États-Unis et c'est un japonais qui a inventé la disquette. Enfin le Japon aligne onze prix Nobel, deux en littérature, cinq en physique, deux en chimie et un chacun pour la médecine et la paix.

Ce que le Japon doit au reste du monde? Presque tout le domaine académique traditionnel vient de Chine, et beaucoup des techniques traditionnelles de Corée. Puis les portugais au dix-septième siècle, les hollandais durant l'ère Edo, les américains, les anglais, les allemands et les français à la fin du dix-neuvième, et encore les américains après la seconde guerre mondiale ont fait du Japon ce qu'il est aujourd'hui. Car s'il y a un fond japonais, le Japon n'évolue que sous la pression de l'étranger.

Robotique

On présentait l'autre jour à la télé trois robots industriels exceptionnels, programmés pour des tâches complexes. Ils venaient respectivement de Suède, d'Allemagne et du Japon. Si les deux premiers avaient l'air de machines de haute-technologie, le dernier, qui triait à grande vitesse des objets passant sur un tapis roulant, avait une jolie petite tête humanoïde complètement inutile.

Les japonais ont depuis longtemps une fascination pour les robots. Ils les utilisent beaucoup et probablement plus que quiconque dans l'industrie. Même de toutes petites entreprises ont des robots. C'est un des avantages de l'industrie japonaise face à ses concurrents.

Ils apparaissent dans la fiction. Atomu (Astro Boy en anglais) et Doraemon, deux très populaires personnages de bandes-dessinées, sont des robots qui n'en ont pas l'air. Il y a dans les dessins-animés une profusion de robots géants dans lesquels de petits japonais s'assoient pour des combats titanesques. On spéculait à ce sujet que c'était une illustration du complexe d'infériorité des nippons et de leur peur de la nature.

Il ne se passe pas un mois sans qu'une université ou une compagnie de haute-technologie nippone ne présente un nouveau robot. Ils ont le plus souvent l'air d'humains. Ils marchent, courent, montent et descendent les escaliers, font de la barre fixe ou de la bicyclette, jouent au soccer et portent des panneaux de contre-plaqué en suivant les mouvements d'un humain. Ils sourient, reconnaissent plus ou moins les émotions humaines et distinguent maintenant un son parmis d'autres (le Saint-Graal de la reconnaissance vocale).

On dit couramment au Japon que la population veillissant et les japonais refusant d'ouvrir le pays aux étrangers, on aura bientôt besoin de robots humanoïdes pour l'industrie. Pourquoi humanoïdes? Parce que les japonais ont depuis l'enfance une fascination pour les robots. C'est plus un attachement émotif qu'un besoin technologique.

L'eau froide est plus saine

J'imagine qu'on vous a déjà dit d'utiliser l'eau la plus chaude possible quand vous lavez la vaisselle. L'idée est que l'eau chaude détruit les bactéries. Au Japon on se méfie grandement de l'eau chaude et on privilégie l'eau froide qui serait plus saine.

Et le fait est que si vous pouvez mettre vos mains dans l'eau sans vous brûler, il n'y a pas de raison pour que cette eau soit dommageable aux vilaines bactéries. Au contraire, elles croissent plus rapidement dans un environnement chaud.

Les semaines sont inutiles

Un adolescent japonais auquel je demandais combien de semaines il y avait dans une année était incapable de me répondre. Il savait combien de jours et de mois, mais pas les semaines. Un autre japonais (adulte cette fois), à qui je racontais la chose et auquel je demandais ce qu'ils apprenaient au juste à l'école, me dit que les japonais n'étudient pas les semaines, car elles sont inutiles.

Sa compagnie (japonaise) fait affaire avec une compagnie allemande qui envoit ses planifications en semaines, ce qui horripile les japonais. Pourquoi? Parce qu'ils ne planifient qu'en jours et en mois. J'imagine qu'il n'y a rien que l'on puisse faire en une semaine et savoir qu'il y en a cinquante-deux dans une année n'est pas utile au Japon.

Je parie que tu vas perdre

Les jeux de hasard avec pari d'argent sont populaires un peu partout sur la planète, et le Japon ne fait pas exception. D'abord il y a les loteries. On voit un peu partout - surtout autour des gares et dans les centres commerciaux - des kiosques qui vendent des billets et des gens qui en achètent parfois pour des milliers de yen.

Il y a les courses de chevaux, appelées keiba, et même une organisée par la reine d'Angleterre!. On peut aller au champ de course et parier, ou dans des bureaux de paris répandus dans les quartiers centraux des grandes villes et y flamber son argent. Le kyotei est similaire. C'est une course de petits bateaux - pas beaucoup plus qu'une chaloupe très plate avec un gros moteur - qui attire encore les joueurs. Le keirin est des courses de bicyclettes et il y a aussi des courses de moto, appelées otorasu, sur lesquelles on peut parier.

Cependant - moralité des japonais face à tout ce qui est étranger - les casinos sont illégaux au Japon. C'est sans doute pour ne pas concurrencer l'industrie milliardaire du pachinko, un jeu que l'on pourrait comparer au "pinball", largement contrôlé par les yakuza, les mafieux japonais. Les salons de pachinko offrent aussi souvent des machines à sous électroniques, appelées surotto en japonais.

Les salons de pachinko n'ont pas le droit de donner des prix en argent. On y gagne des cigarettes, des aliments, des bibelots ou des accessoires. Mais dans la ruelle derrière, les yakuza échangent les prix que les heureux gagnants se sont mérités pour de l'argent sonnant et trébuchant. C'est illégal, mais c'est toléré. C'est japonais.




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